UN VOYAGE DANS MES LIVRES

MAUROIS


Quelques titres connus et inconnus d'André MAUROIS

Livres  :
- Les Silences du colonel Bramble 
- Les Discours du docteur O’Grady 
- Ni ange ni bête
- Bernard Quesnay
- La vie Disraeli
- Climats
- Le cercle de famille
- L'instinct du bonheur
- Terre promise
- Les roses de septembre

 

 

André MAUROIS

 


J’ai éprouvé mon premier coup de foudre littéraire pour un roman que cet écrivain avait publié en 1964 et  intitulé  « terre promise ».

Né en 1885 et mort en 1967, il devint membre de l’Académie française en 1938.

 

 

André MAUROIS fut un élève du philosophe Alain et devint un romancier connu, un biographe, un conteur et également un essayiste français.

 

Anglophone et angliciste, il servit pendant la Première Guerre mondiale d’officier de liaison auprès de l’armée britannique.

Puis, il prit la direction de l’entreprise familiale pendant une dizaine d’années. 

La guerre lui inspirera deux ouvrages célèbres que j’avais lus à l’adolescence et qui ne m’avaient guère passionnée alors.


Il s’agissait de  :

 

Les Silences du colonel Bramble (1918), qui le rendirent immédiatement célèbre, 
et 
    Les Discours du docteur O’Grady (1921).


Le premier publié en 1918 inspiré par son statut d’interprète auprès des officiers des troupes britanniques a été construit autour d’une conversation, entre officiers anglais, écossais, irlandais, français. Cette dernière aurait pu être banale si elle ne s’était pas déroulée pendant la guerre. Il y traduit notamment dans cet ouvrage un poème de Ruydard Kipling « IF «  connu en France lors de sa traduction et réécriture sous le nom de « tu seras un homme, mon fils".


Dans le second, publié en 1921, toujours influencé par son expérience d’interprète, André MAUROIS analyse avec finesse la personnalité des officiers britanniques. Il met en évidence dans ce roman l’extrême réserve des sentiments, l’humour, le calme, le courage, le sérieux, mais aussi la légèreté de ces hommes. On y retrouve d’ailleurs dans cet ouvrage les personnages figurant dans "les silences du colonel Bramble".


Relire ces deux livres m’a permis de remarquer qu’André MAUROIS avait été fortement influencé par la culture britannique. En effet, il place souvent dans quelques-uns de ses romans des personnages, des histoires, et des citations anglaises.


C’est ainsi qu’au fur et à mesure de mes relectures, l’idée que je me faisais de cet écrivain dans ma jeunesse et dans ma vie d’adulte a évolué.
D’où l’intérêt de relire parfois certains auteurs à un âge plus avancé.

 

 

 


En 1919, par exemple, il publia un roman peu connu "Ni ange ni bête".


Cette histoire retrace dans les années 1845 et sous Louis Philippe les aventures révolutionnaires d’un jeune ingénieur. On y retrouve la fougue, l’enthousiasme et les désenchantements des personnages décrits par de grands romanciers comme Balzac, Zola. Même si à la fin, cet homme comprend que le véritable bonheur se trouve auprès de sa femme, le lecteur trouvera que ce récit pèche par un manque de romanesque.

 

 

 

Défaut qu’il aura en partie supprimé dans son prochain roman publié en 1922 et intitulé "Bernard Quesnay". 


Cette histoire a visiblement été influencée par son passage dans l’entreprise familiale. André MAUROIS utilisera avec talent pour l'écrire une veine psychologique et morale courante chez certains bourgeois en ce début de XXe siècle. La présence d’une femme dans ce récit facilite l’intérêt que le lecteur sera obligé de porter sur le métier, l’environnement, la personnalité du personnage de ‘Bernard Quesnay".

 

 


Les romans qui suivront apporteront à André MAUROIS un public surtout féminin.


En 1923 décédera sa première femme qu’il aura passionnément aimée et à qui il aura tout pardonné notamment ses infidélités.


Il épousera en 1926 Simone de Caillavet qui se consacre à cet homme veuf qui ne l’aimera jamais comme il a aimé sa première femme. Elle se met à son service et met à son service ses relations. 


Il semblerait qu’André MAUROIS fut comme certains de ses héros, un homme qui a aimé sans être aimé puis qui est aimé sans aimer.

 

 

 


Mais avant de me lancer dans l’aspect romanesque de son œuvre, j’ai voulu relire
 "La vie Disrael", un livre publié en 1927 que je qualifie de fresque historique.
Je ne connaissais pas ce personnage qui fut pourtant très proche de la Reine Victoria et qui passa pour un homme prodigieusement doué, persuadé d’avoir un destin. Il entra en littérature puis en politique avec succès.
Cette biographie bien documentée ne m’a cependant pas convaincue peut-être parce que le héros m’était inconnu.

 

 

Le premier mariage d’André MAUROIS se termina avec la mort de sa femme Jane-Wanda de Szymkiewicz. Elle lui inspirera  "climats" qu’il publiera en 1928.


Les différents climats amoureux qui régissent la vie d’un couple y sont parfaitement décrits avec délicatesse, sensibilité et intelligence.

Ces observations sont relatées dans la première partie par l’homme. Il y détaille les souffrances qu’il éprouve lorsqu’il constate que sa femme se détache de lui pour le quitter avant de mourir.

Dans la seconde partie, sa deuxième femme à qui il confessera ses souffrances comprendra et respectera cet ancien amour, mais en souffrira encore plus lorsqu’elle comprendra que son mari ne correspond pas à l’image qu’elle s’en faisait au début de leur rencontre. Elle passera son temps à noter ses observations, à l’épier et découvrira avec douleur combien sa première femme a marqué la personnalité de cet homme remarquable en lui apportant une frivolité étonnante chez quelqu'un qui avait reçu une éducation sévère. En effet, sans le savoir peut-être, il poursuit la femme qu'il a aimée chez toutes les femmes qui traversent sa vie. Elle acceptera cet homme fragile tel qu’il est jusqu'à la fin de sa vie.

Une situation qui paraîtrait insupportable à la majorité des femmes de ce début de XXIe siècle. 
Il y a une telle sensibilité dans cet ouvrage, peut-être le meilleur du cycle romanesque, que j’ai eu parfois l’impression qu’il aurait pu être écrit par une femme.

 

 

 

En 1932, il écrivit "le cercle de famille".
On y retrouve les hommes et les femmes qui figurent ou figureront dans la plupart de ses romans. Ils évoluent dans un milieu aisé que connaît bien André MAUROIS. Ces personnages seront la proie des déchirements, des calculs, que connaissaient les femmes de cette époque quand elles étaient notamment mal mariées. Quant aux hommes, ils avaient leur vie  et on la devine aisément !

 

 

 

En 1934, il poursuivra dans la voie romanesque avec "l’instinct du bonheur" un ouvrage qui ne fit pas parler de lui, car considéré comme un brin désuet par certains critiques. Une opinion que je partage.

 

 

 

C’est en 1946 qu’il publia "‘terre promise" ce livre qui m’avait tant charmé en 1964.
Histoire d’une jeune femme dont l’éducation, les lectures, la sensibilité étoufferont la sensibilité. Ce qui l’amènera à détester et redouter l’acte de chair. Une froideur qui attirera pourtant des hommes puissants et brillants.
Ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’elle parviendra peut-être à accepter l’homme tel qu’il est en renonçant à ses propres exigences.
Dans ce roman, la chair y est réprimée avec violence sans y être niée.

 

 

En 1956, il écrivit "les roses de septembre" en souvenir de la dernière femme qu’il avait rencontrée en 1945 et aimée, une certaine Maria Rivera.

Il était à cette époque marié avec sa seconde femme, Simone de Caillavet.


Ce roman qui raconte les derniers sursauts amoureux d’u homme vieillissant pourrait être difficilement compris par la jeunesse de ce début de XXIe siècle. Quant à la femme bafouée, je doute fort que nos sexagénaires actuelles pardonnent avec autant de dignité et de mansuétude les incartades de l’époux. 
Il serait intéressant de connaître l’avis des hommes et des femmes du XXIE siècle.

 

 

 

Pourquoi ai-je souhaité parler d'un écrivain désormais tombé dans l'oubli ?

 

Tout simplement pour mettre en évidence que certains écrivains utilisent l'écriture pour raconter leur vie pendant que d'autres utilisent des fantasmes pour  imaginer celle qu'ils auraient aimé vivre.

 

Dans l'oeuvre de Maurois raconter sa vie saute aux yeux.

 

D'ailleurs, la prochaine fois, nous l'évoquerons rédigée par une femme, membre de l'Académie française.

 

 

 

 

 

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24/11/2020
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conclusion sur cet auteur oublié - André MAUROIS !

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Je terminerai mes relectures sur ANDRE MAUROIS avec deux ouvrages.

 

Le premier, dans le livre de poche regroupe des histoires écrites en :

 

1928 : Voyage au pays des Articoles,     conte et nouvelle

1931 : Le Peseur d’âmes      évoque la théorie du poids de l’âme

1937 : La machine à lire les pensées,

 

Ils ne font pas partie de la littérature que j’apprécie. Cependant, j’ai voulu les relire afin de compléter l’idée que je me faisais de cet auteur oublié..

 

La personnalité de cet homme est suprenante. La biographie rédigée par Dominique Bona  "Il n'y a qu'un amour" en est la brillante démonstration !

 

Par contre, quelle diversité dans les parutions, car il passe du roman, à la biographie, aux nouvelles, aux contes, aux essais avec un réel talent !

 

Dans le cas précis de ces trois histoires, se confondent presque la fiction et la réalité.

 

 

En les relisant, j’ai compris que ces textes avaient été influencés par son exil aux États-Unis.

En effet, aux premiers jours de la guerre, âgé de 54 ans, André Maurois est affecté au commissariat à l’information, puis dans l’armée britannique, au Q.G. du commandant en chef Gort, à Arras.

Après la défaite française, il gagne Londres où il exhorte les Anglais à intervenir, avant de s’établir à New York

Là, il poursuit plusieurs objectifs : maintenir intacte l’image de la France en essayant de convaincre l’opinion publique américaine que cette guerre est celle du monde libre contre les dictatures.

En 1943,il fait le nécessaire pour obtenir des Américains du matériel destiné à l’armée française et prend part aux campagnes de Tunisie, de Corse et d’Italie.

Il retourne aux États-Unis pour continuer sa mission d’information auprès de la population américaine. Pendant toutes ces années et jusqu’en 1946, lui et sa femme vivront des conférences et des cours qu’is donnront dans quelques universités américaines.

 

 

 

 

 

Le second livre s’intitule « lettre ouverte à un jeune homme sur la conduite de la vie ».

 

Beaucoup de personnes trouveront ses propos désuets, mais une fois ceci affirmé, je leur conseille de réfléchir sur ce qu’ils nous apprennent de ce qui fut, mais qui surtout de ce qui n’est plus, sans juger et sans regretter.

Il s’agit simplement de constater et peut-être de tenter de réfléchir.

 

 

 

Maurois appartient à ces écrivains qui possédaient une immense culture.

Il suffit de relire ses romans pour s'en convaincre. Il cite souvent le nom de grands écrivains, de musiciens, de philosophes, de peintres, de paysages, de poètes etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

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28/11/2020
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"Il n'y a qu'un amour" - de Dominique BONA - sur André Maurois

Avant de vous parler de cette biographie sur André MAUROIS dont je viens de terminer la lecture, je voudrais vous dire quelques mots sur celle qui l'a publiée.

 

Il s'agit de Dominique BONA, écrivaine et historienne devenue en 2013 membre de l'Académie française.

 

 

J'avais lu "Malika" paru en 1992 et qui avait obtenu à l'époque le Prix interallié. J'avais beaucoup aimé ce roman qui explorait une palette de sentiments suite à l'arrivée d'une jeune femme dans une famille aisée engagée pour s'occuper de la maison et des enfants.

 

Elle obtiendra également en 1998 le prix Renaudot pour " Le Manuscrit de Port-Ebène" que je n'ai jamais lu.

Je me souviens avoir conservé dans mes notes une phrase d'elle qui me semblait très juste. Il s'agissait de :



 

« Comment une femme peut-elle s’exprimer elle-même alors qu’elle est souvent en butte à des difficultés qui ne sont que de l’ordre féminin, c'est-à-dire organiser sa maison, son foyer, sa famille, construire une vie parallèle à celle qui lui est ordinairement dévolue par la société».



 

Outre les romans qu'elle a publiés, elle est également connue pour de nombreuses biographies qu'elle a écrites.

D'elle, j'avais lu une biographie sur COLETTE et une autre sur PAUL VALERY. C'est donc tout naturellement que j'ai recherché qui pouvait avoir recueilli suffisamment de renseignements sur André MAUROIS.

 

C'est ainsi que j'ai découvert "il n'y a qu'un amour", ouvrage paru en 2003, un monument de renseignements précis et écrit par Dominique BONA.



 

 

 

 

La couverture résume le sujet de cette biographie :

Trois femmes superbes et capricieuses face à un écrivain célèbre. Trois destins dont il reste une correspondance totalement inédite, ici dévoilée, qui court sur un demi-siècle, un paquet de lettres et de notes où elles ont jeté en vrac leurs espoirs et leurs promesses, leurs mensonges et leurs attraits. L'homme, c'est Émile Herzog, plus connu sous le nom d'André Maurois (1885-1967), qui fut une gloire en France et à l'étranger, et dont on découvre sous l'habit d'académicien le visage caché du séducteur, de l'amant qui souffre, qui fait souffrir, qui s'enflamme, et puise non sans perversité la matière de ses livres dans cette acrobatie amoureuse. Et les femmes ? Les voici : c'est à Genève, en 1909, que l'héritier d'une usine de textiles, élevé avec rigueur, rencontre Janine de Szymkiewicz, tout son contraire. Elle a 17 ans, c'est la fille aux cheveux blonds d'un comte polonais mort de phtisie, et d'une mère bohème et volage, catholique et coûteuse. Il faut beaucoup de patience à Émile, bourgeois et juif laïc, pour convaincre les deux familles de consentir au mariage. Ce visage d'ange, ce corps qui réclame les soins et les fourrures les plus chères, cette épouse slave, il l'aimera follement. La preuve ? Ces lettres tendres, mutines, protectrices. Il les envoie de partout, des usines d'Elbeuf à la ligne de front de la première guerre, parmi les blessés, lui dissimulant une boucherie qu'elle peine à imaginer, et brimant gentiment ses demandes d'argent, de fleurs, de chapeaux. « Quand serai-je sage ? » dit-elle, dansant à Deauville, et peut-être davantage, dans les bras de dandys américains. Ils auront trois enfants, dont deux garçons qui ne sont peut-être pas de lui... Neurasthénique, elle meurt à l'âge de 31 ans, des suites d'un avortement. Émile est devenu André Maurois après avoir publié Les Silences du colonel Bramble. Inconsolable ? Pour combien de temps ? Paris, 1924. Issue d'un milieu proustien, petite-fille de la muse d'Anatole France et fille du dramaturge Gaston de Caillavet, snob et anorexique, brune élancée, Simone de Caillavet sera « l'infirmière du coeur » d'André Maurois. C'est bientôt un couple à la mode, de toutes les fêtes. Elle est la dactylographe dans l'ombre, la confidente, la conseillère, parfois la victime. Ses liens avec l'Académie faciliteront l'élection de l'ambitieux Maurois en 1936, grâce à l'appui d'un certain Maréchal Pétain ! Ce que les gaullistes n'oublieront pas. Simone écrit beaucoup, lettres et poèmes. Elle se sait moins aimée, adulée, que ne le fut Janine. Jusqu'à leur exil aux États-Unis, pendant qu'en France on craint pour la survie de la famille Maurois, elle ne cesse de se battre contre les « sirènes ». Lima, 1947. C'est à « la voix même de l'Amour », au corps sensuel et troublant d'une admiratrice, qu'André Maurois va s'abandonner, s'affichant avec elle lors d'une tournée de conférences en Amérique du Sud. 20 jours et 54 lettres : cela suffit à l'entêtante présence de Maria de Las Dolorès Garcia, la Péruvienne, pour captiver un homme qu'affole sa beauté, et qu'il chante dans des lettres et poèmes presque naïfs. Simone veille, souffre, et dompte ce Don Juanisme. Elle retournera cet embrasement final à son profit - alors qu'André Maurois en fera encore un autre livre. Maurois a-t-il été fidèle à une seule femme ? Ou à une image idéale ? N'y aurait-il qu'un seul amour ?



 

 

J'ai relu plusieurs livres d'André MAUROIS avec un immense plaisir comme je le signale dans mon article précédent, car j'ai fait une découverte particulièrement intéressante.

 

Je connaissais l'auteur en tant qu'écrivain, mais adolescente et jeune adulte, je n'avais pas compris que la vie de l'homme et de l'écrivain était étroitement liée dans des proportions étonnantes. Ce que je soupçonnais, sans avoir la preuve.

 

 

La biographie de Dominique BONA m'a fourni les réponses que j'attendais.

 

 

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Voici ce que Dominique BONA disait dans une interwiev www.onlalu.com



Quelle lectrice êtes-vous
Dominique Bona ?


« Il faut que j’entende un livre »

 

De Colette, nous connaissons beaucoup de choses: son amour de la nature, ses liaisons (parfois) scandaleuses, la naissance de sa vocation, son talent… Il y a eu des biographies, récemment une bande dessinée (http://www.onlalu.com/livres/divers-bande-dessinee/apprentissages-de-colette-annie-goetzinger-26080). Elle-même s’est beaucoup racontée, à peine cachée, dans des fictions… Mais Dominique Bona, comme elle l’avait déjà fait dans de précédents livres, délaisse le parcours classique et chronologique pour s’attarder sur une période particulière, en 1914, où, une fois les hommes partis à la guerre, Colette prend des « colocs » pour peupler le chalet qu’elle habite habituellement avec Henry de Jouvenel. Une vraie complicité lie ces quatre amies que seule la mort séparera. Elles se disent tout, se pardonnent tout et s’amusent beaucoup malgré les temps difficiles. Avec « Colette et les siennes » (éditions Grasset), l’académicienne nous donne une folle envie de (re)plonger dans l’œuvre de la romancière. Cela me semblait donc l’occasion rêvée de lui demander de nous raconter son parcours de lectrice assidue.

Avez-vous toujours aimé lire ? 
Toujours. Enfant, rien ne valait un moment de solitude avec un livre. C’était le bonheur absolu. Ça l’est resté. Je me plongeais dans les vieilles collections de la comtesse de Ségur qui avaient appartenu à ma mère et à ma tante. Je lisais aussi Enid Blyton, mais jamais de bandes dessinées ou de livres illustrés. Je me souviens également de ces gros recueils de contes et légendes ancestraux : « La petite sirène », « La petite fille aux allumettes »…

Vous souvenez-vous de ce que vous éprouviez ?
Une certaine liberté. La vie d’enfant était très encadrée, avec beaucoup d’obligations. Grâce à la lecture, les portes et les fenêtres s’ouvraient sur un monde possible, imaginaire.

Y avait-il beaucoup de livres chez vous ?
Ce qui a précédé le livre chez moi, c’est la voix chaude de mon père, Arthur Conte, qui a énormément compté dans mon enfance. Avec ses chansons, les poèmes qu’il récitait… Dans son village du sud de la France, la tradition orale demeurait très vivante. Il nous a raconté les histoires qu’il avait entendues petit. Dans la maison de mes parents, il y avait surtout des livres d’Histoire, puisque mon père était historien. Mais dans la bibliothèque de ma grand-mère, à Perpignan, où je passais mes vacances, se trouvaient les ouvrages de Balzac, Stendhal, Maupassant, André Maurois, Pierre Loti, Pierre Benoist, Roger Martin du Gard.  Mais j’aimais aussi beaucoup Pearl Buck, Cronin, Bromfield, les sœurs Brontë, Daphné du Maurier. Ce qui m’attirait, c’est que l’on me raconte une histoire. Cela me permettait de m’extraire de l’extérieur, m’offrait une solitude peuplée de personnages.

C’est à cette époque que vous avez découvert Colette ?
Je pense l’avoir lue vers 16 ou 17 ans, mais je n’ai pas eu le coup de foudre pour ses livres tout de suite. Les Claudine m’avaient plutôt agacée. Je l’ai redécouverte plus tard, alors que j’étais une jeune adulte. Je suis tombée par hasard sur « Le blé en herbe », un roman que j’adore, inspiré de son histoire avec Bertrand de Jouvenel. J’ai été émerveillée par cet univers à la fois sensible et sensuel, ce fut la révélation d’une écriture. Un autre auteur que j’ai découvert à peu près en même temps et qui est très proche de Colette, c’est Françoise Sagan. Pour moi, elle en est l’héritière directe, à la fois par la liberté qu’elles ont toutes les deux, liberté de penser, liberté d’aimer. Mais aussi par une sorte de plume vibrante, plus sèche chez Sagan, mais qui a décidé d’aller au cœur des sensations.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans un livre, l’histoire ou l’écriture ?
À 15 ans, je pensais que c’était l’histoire, mais je crois que, sans le savoir, j’étais déjà sensible à la manière dont on me la racontait. Je me souviens que des cousines me passaient des romans d’amour, et que cela  me barbait. Dans un livre, je cherche une voix, il faut que j’entende un livre. Et Colette est sonore, musicale, elle varie le rythme.

Vous souvenez-vous de vos grands chocs littéraires ?
Ils sont rares il faut bien le reconnaître. Chronologiquement, le premier fut « La chartreuse de Parme » de Stendhal. C’est le roman parfait que je voudrais relire cent fois. Il est nonchalant, paresseux, peu structuré, c’est une promenade délicieuse en Italie avec des personnages que j’aimerais avoir près de moi, avec lesquels je voudrais dîner chaque soir! Ce roman me semble plein de bonnes ondes, il me fait du bien. Je me souviens de la première fois où je l’ai lu, dans ma chambre d’adolescente à Paris, alors que je suivais des études pesantes. Cette lecture fut prodigieuse.

D’autres coups de cœur ?
Le second choc se produisit à l’université, pour la littérature du Moyen âge:  « Le roman de la Rose », chrétien de Troyes, les romans de chevalerie et surtout « Tristan et Yseult ». J’ai écrit une thèse sur « Les fées et les sorcières dans la littérature du 12e siècle ». Mon dernier choc enfin fut provoqué par la lecture de Romain Gary, « Les racines du ciel ». Tous ces livres se rejoignent, car ce sont des œuvres souples, pleines de féérie, dans lesquelles la part de hasard compte beaucoup.

Lisez-vous beaucoup de contemporains ?
Oui, parce que je suis membre du jury Renaudot, et pour le prix de l’Académie française aussi. Mais cela m’intéresse et j’en lirais de toute manière. Je continue à lire cependant ou plutôt à relire mes livres préférés le soir. Il y a quelques années, j’ai découvert les policiers. Mon auteur préféré? Fred Vargas ; il y a à la fois l’efficacité du récit, le sens de l’intrigue qu’elle possède à merveille, et j’aime beaucoup son commissaire Adamsberg. J’apprécie surtout son ton, son univers, ce mélange d’humour et de franc-parler. Et puis un autre que j’ai dévoré récemment, « Le chien de minuit» de Serge Brussolo.

Y a-t-il un livre qui vous a donné envie d’écrire?
Non, à moins que ce ne soit de l’ordre totalement inconscient. En 1981, j’ai publié un roman d’amour, « Les Heures volées », qui se passe entre Perpignan et Barcelone. J’avais deux enfants petits, je les promenais dans ce paysage de vignes, avec les Pyrénées en toile fond, et je me suis dit, « je vais raconter ça »! J’ai alors commencé une nouvelle vie, prenant conscience de la place que tenait l’écriture dans mon existence sans que je m’en sois rendu compte. Ce n’était pas du tout un projet construit. J’ai poursuivi à l’instinct. Il y eut ensuite «Argentina», et mon troisième livre fut la biographie de Romain Gary, qui m’a demandé beaucoup de travail, car ce n’est pas un personnage facile, il a toujours avancé masqué. Mais après l’avoir terminé, j’ai pensé, « c’est formidable une biographie, une vie réelle peut-être aussi romanesque qu’une vie imaginaire.»

 

 

 

 

 

 

Je n'aurais pas pu la définir mieux que la personne qui a rédigé cet article.

 

Je pense qu'avant de lire cette biographie, "il n'y a qu'un amour", il faut relire une partie de l'oeuvre romanesque d'André MAUROIS.

 

Dans les livres qu'il a écrits, il y a sa vie et celle des trois femmes qui ont vécu avec lui.

 

 

 

Ceci est la preuve de ce que j'ai écrit dans : De la lecture à l'écriture !

 

 

 

 

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26/11/2020
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