UN VOYAGE DANS MES LIVRES

SPRINGORA Vanessa : "Le consentement"



Éditrice, écrivaine et réalisatrice, née en 1972, Vanessa SPRINGORA a publié en 2020 un livre intitulé « le consentement ».

Dès sa parution, ce livre rencontre un énorme succès de librairie et soulève de nombreuses polémiques.

 

 

 

 


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Dans cet ouvrage, la directrice des éditions Julliard décrit sa relation sous emprise avec l’écrivain Gabriel Matzneff

 

En 1986, alors qu’elle n’a que 13 ans,  Vanessa SPRINGORA tombe sous le charme de l’écrivain âgé de 48 ans lors d’un dîner où elle accompagne sa mère, attachée de presse dans l’édition.

 

Héritière de la façon de vivre et de penser de beaucoup de gens qui avaient 18 ans en 1968, cette mère est persuadée qu’il ne faut rien interdire à sa fille. Elle ne s’offusquera pas ou peu de la passion qu'éprouvera son enfant pour Gabriel Matzneff.

 

D’autant qu’amoureuse de la littérature, cette mère admire Gabriel Matzneff qu’elle invite fréquemment à dîner chez elle.

 

En effet, Gabriel Matzneff a obtenu plusieurs récompenses littéraires : prix Mottart et amicale de l’Académie française en 1987 et 2009. En 2013, il recevra d’ailleurs le prix Renaudot essai.

 

Dans son livre, “le consentement” Vanessa SPRINGORA dénonce la société permissive dans laquelle évolue sa mère qui ne s’insurge pas de voir qu’une gamine de 14 ans entretient une relation avec un homme de 49 ans.

 

Toute à sa passion, cette jeune fille ne verra pas au début de sa liaison l’étau se refermer sur elle.

En l’absence de son père qui a abandonné le domicile conjugal depuis longtemps, elle aura peut-être le sentiment d’avoir trouvé la figure tutélaire qui lui manquait. D’ailleurs, pendant cette période elle admirera cet écrivain qui bénéficie d’importants appuis dans la sphère littéraire et médiatique.

 

Plus tard, elle apprendra qu’il entretient en parallèle d’autres relations avec des filles et des garçons de 16 ans.

 

Ce que lui confirmera la lecture du livre écrit par Gabriel Marzneff en 1974  "Les Moins de Seize Ans"  : “Lorsque vous avez tenu dans vos bras, baisé, caressé, possédé un garçon de 13 ans, une fille de 15 ans, tout le reste vous paraît fade, lourd, insipide”.



Évidemment, quand elle le rencontre, Vanesse SPRINGORA ignore tout des nombreuses facettes de cet homme qui a pourtant publié plusieurs essais qui indiquent indubitablement ses orientations sexuelles, mais qui ne sera jamais inquiété par la police.



Elle parviendra enfin à lui adresser une lettre de rupture qu’il utilisera dans ses livres. Ce qui la brisera.

Elle mettra beaucoup d’années à tenter de se reconstruire

 

C’est ce qu’elle raconte dans ce livre qui est d’abord un témoignage précis, bien écrit avec une distance qui ne peut pas laisser indifférent celui ou celle qui lit cet ouvrage. Non seulement ce récit interroge, mais il bouleverse profondément jusqu’au malaise.

 

Que les lecteurs ne se trompent pas. Il ne s’agit pas d’une œuvre littéraire.

 

Il s’agit d’un témoignage qui parle d’une époque révolue qui met l’accent sur les années 1980 où la devise était : “il est interdit d’interdire” qui ne voyait pas ou ne voulait pas voir la gravité de certains actes. Il ne s’agit pas de faire le récit d’un viol. Il s’agit d’une emprise exercée par un homme de  49 ans sur une adolescente de 14 ans.



L’article que j’ai joint aidera les lecteurs qui ne connaissent pas cette histoire à mieux comprendre sur ce qu’était la société des années après 1968 et ce qu’elle est désormais devenue.



 

Article paru dans la presse

 

C’est LE livre qui a électrisé le débat public en 2020.

 

Un an après sa sortie, "Le Consentement", de Vanessa Springora, paraît en format poche.

France Inter a saisi l’occasion pour faire le point avec l’auteure : démission de Christophe Girard, polémique autour du prix Renaudot, changements dans le milieu de l’édition.

FRANCE INTER : Vous avez connu une année sans répit. Entre vos fonctions de directrice des éditions Julliard, les effets de la pandémie et les sollicitations de la presse, vous n’avez guère eu le temps de souffler. Et voilà que déjà "Le Consentement" paraît en poche. Qu’est-ce que cela peut apporter alors qu’il a déjà été lu très largement ? 

 

VANESSA SPRINGORA : "C’est une seconde vie pour le livre. Je suis très heureuse qu’il sorte en poche car il va pouvoir atteindre un public plus large et notamment plus jeune. Ce texte peut être lu par des adolescents ou de jeunes étudiants qui n’ont pas forcément les moyens d’acheter un livre en grand format parce que c’est trop cher."

 "Ce n'est pas à nous de censurer" : le dilemme des libraires face à l'affaire Matzneff

Le livre paraît progressivement dans 22 pays. Quelles sont les réactions à l’étranger ?

 

"C’est très émouvant pour moi de voir que ce sujet peut avoir cette dimension universelle, qui plaît, bien au-delà de Saint-Germain des Prés, de Paris, de la France et de notre périmètre culturel. À chaque fois que je discute avec des journalistes de pays étrangers, notamment en Europe, je m’aperçois que des scandales très similaires existent ailleurs et résonnent avec le propos de mon livre." 

 

La situation que vous dénoncez ne serait donc pas une spécificité germanopratine comme on a pu le dire ?  

 

"Peut-être que ce qui est spécifique à la France, c’est la dimension idéalisée, très 'romantisée', de l’écrivain illustre qu’on place au-dessus des lois. Mais on retrouve dans d’autres pays des figures d’artistes, des cinéastes, des peintres, des photographes, des sommités du monde du sport, qui vont avoir eu le même type de comportement tout à fait répréhensible et qui sont passés entre les mailles du filet parce qu’ils avaient la notoriété et l’ascendant sur des jeunes gens qui n’ont pas osé parler pendant des années. "

 

Les questions des journalistes étrangers sont-elles différentes ? 

 

"Il y a toujours une partie de l’interview qui tourne autour de cette pétition parue dans les années 70 dans Le Monde, signée par un certain nombre d’intellectuels français qui ont rayonné à l’étranger. On me pose assez systématiquement la question de savoir pourquoi, en 1977, la France s’est demandé si on pouvait dépénaliser les relations sexuelles entre adultes et mineurs. Cela leur paraît une sorte d’anomalie incompréhensible. 

J’essaie de contextualiser. Je pense que c’est très important d’expliquer que chacun de ces intellectuels a signé cette pétition pour des raisons très différentes, en défendant des intérêts particuliers et différents à chaque fois. 

C’est pour cela que ce travail de mémoire que j’essaye de faire avec ce livre, en interrogeant une époque, est important. Pour essayer de comprendre, ne pas schématiser, ne pas réduire à une simple critique un peu trop facile de mai 68 et de son esprit libertaire. C’est beaucoup plus complexe que cela."

 

Comment expliquez-vous, un an après sa parution, la déflagration produite par votre livre ? 

 

"Ce livre tend un miroir, peut-être parce qu’on est dans un moment d’autocritique. Il faut que chacun s’interroge sur ses propres responsabilités. Je parle aussi bien du milieu de l’édition, que des médias et des magistrats qui jugent des affaires de pédocriminalité où souvent on utilise la notion de consentement pour atténuer la responsabilité d’un agresseur sexuel. 

Il y a beaucoup de choses aussi qui sont liées à la notion de consentement au sens large. Beaucoup de lectrices m’ont écrit que, bien qu’elles aient eu une histoire très différente de la mienne, ce livre leur avait permis d’analyser des moments dans leur vie où elles avaient dit oui en pensant non."

 

Les prises de parole publiques et certains articles consacrés au Consentement ont un ton quelquefois très véhément alors que vous êtes toujours très mesurée dans vos interviews. C’est assez étonnant, non ?

 

"Je n’ai pas écrit ce livre dans l’esprit d’une désignation de coupables ou d’une chasse à l’homme en ce qui concernait Gabriel Matzneff. J’ai toujours été mesurée parce que mon propos était de lancer une réflexion plutôt que de lancer des anathèmes." 

 

Qu'avez-vous pensé des prises de position des deux élues écologistes parisiennes, Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu, qui ont conduit à la démission de Christophe Girard de son poste d'adjoint ? Estimez-vous qu’il devait démissionner ? 

 

"J’ai été étonnée que seule des élues féministes protestent contre la reconduction de Christophe Girard au poste d’adjoint chargé de la Culture, et je leur en sais gré. Elles ont été très courageuses. La pédocriminalité ne devrait pas concerner uniquement les femmes, il y aurait dû y avoir le même nombre d’hommes sur le parvis de la mairie de Paris, des hommes qui sont aussi des pères et des fils. Pour tout vous dire, j’aurais préféré que Christophe Girard prenne conscience tout seul que c’était à lui de ne pas se représenter à ce poste, non qu’il ait commis le moindre acte délictueux, mais simplement parce que, qu’il le veuille ou non, il participé à ce système de connivence qui a protégé durant plusieurs décennies Gabriel Matzneff, lui  permettant ainsi de continuer à faire des victimes et à faire l’apologie de la pédophilie dans ses livres. Regretter, comme Christophe Girard l’a fait, de ne pas s’être suffisamment penché sur l’œuvre de Gabriel Matzneff, non seulement ne suffit pas, c’est une faute pour quelqu’un occupant ses fonctions. Cela dit, il est sans doute injuste qu’il ait porté le chapeau pour un grand nombre d’autres acteurs du milieu de l’édition qui ont également joué un rôle important dans ce système de connivence. Mais on ne plaisante pas avec l’argent public, même s’il ne s’agit que de simples notes de frais au restaurant."

 

Deux enquêtes sont parues à la veille des prix littéraires, dans M -Le Magazine du Monde et dans le New York Times. Elles mettaient en cause le jury Renaudot, qui en 2013 a attribué son prix de l’essai à Gabriel Matzneff. Ces articles s’étonnaient que le jury n’ait pas démissionné en bloc après le scandale. Pensez-vous qu’il aurait dû le faire ? 

 

"C’est au jury Renaudot lui-même de faire son autocritique, ce n’est pas à moi de leur dire ce qu’ils ont à faire. Symboliquement, il y a eu une démission, celle de Jérôme Garcin, qui a appelé à ce que le jury se féminise. Je sais qu’ils sont en train de chercher à recruter un nouveau juré féminin. Ils ont récompensé une femme [NDLR : Marie-Hélène Lafon pour Histoire du fils, publié par Buchet-Chastel]. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. Ils ont déjà récompensé plusieurs fois des auteurs femmes. 

Je pense qu’il faut attendre le long terme. C’est-à-dire qu’on est là, avec des réflexions de courte vue, parce qu’on est dans l’immédiateté, dans la sortie du livre et ses effets, mais c’est sur le long terme qu’on verra les choses progressivement se réformer dans ce milieu. Je suis persuadée qu’entre la féminisation des métiers de l’édition et de la presse, et la féminisation, je l’espère, des jurys littéraires, on arrivera à un moment où il ne sera plus possible de vivre une situation comme celle 2013 [NDLR : 2013, le jury Renaudot a attribué le prix de l’essai à Gabriel Matzneff pour Séraphin, c’est la fin ! publié aux éditions de La Table Ronde].

Je pense qu’une réflexion a été lancée et qu’elle aura des effets sur le long terme, assez profonds, j’en suis sûre." 

 

Donc, vous pensez que les choses bougent assez vite? 

 

"Ça ne sert à rien que les choses bougent trop vite. C’est bien de prendre le temps de la réflexion et d’analyser, pas seulement une époque mais des modes de fonctionnement. Il y a eu des choses excessives dans les années 80. Je n’ai jamais appelé à la censure des écrits autobiographiques de Gabriel Matzneff, mais à titre personnel, je ne les aurais pas publiés. Ce sont des livres qui font l’apologie de la pédocriminalité. J’espère, avec mon livre, avoir pointé du doigt cette question problématique. Aujourd’hui, je pense qu’un certain nombre d’éditeurs se poseraient la question. Il ne sera plus possible de l’éviter ou de la contourner.

On a beaucoup parlé du livre de la sociologue Gisèle Sapiro, Faut-il dissocier l’œuvre de l’auteur ? (Le Seuil, 2020). Elle a consacré un chapitre à l’affaire Matzneff et à la sortie du Consentement. Elle porte un regard très nuancé, très subtil. Elle montre la complexité de ces questions, à savoir dans quelles circonstances doit-on dissocier l’œuvre de l’auteur ? Heidegger et Cioran, dont on sait qu’ils ont eu des sympathies nazies, est-ce qu’on doit censurer, ne pas lire leur œuvre, la contextualiser ? C’est intéressant que ces questions soient dans le débat public.

Donc je crois que oui, les choses bougent, on ne le voit pas forcément à l’œil nu, mais elles bougent très profondément. Beaucoup d’intellectuels s’emparent de ces questions et vont faire le travail nécessaire." 

 

Dans votre vie, tout vous est arrivé en même temps : en l’espace de quelques semaines, vous avez été nommée directrice des éditions Julliard et vous avez publié un livre qui a immédiatement été un phénomène. C’est incroyable, non ? 

 

"Il y a eu une sorte d’alignement des planètes (rires). C’est inexplicable, un peu magique ! En même temps, c’est peut-être aussi le fruit d’années de travail. Cela fait quinze ans que je travaille dans l’édition. Et ce livre, de la même manière, je le portais depuis des années. La coïncidence des deux est assez étonnante, c’est vrai. Cela me laisse penser qu’écrire est quelquefois une façon de se réinventer. Peut-être que le moment où j’ai écrit ce livre et ai été prête à le publier, a aussi été le moment où j’étais prête à prendre plus de responsabilités dans ce métier, vis-à-vis duquel j’avais une certaine distance du fait de l’histoire que j’avais vécue." 

Ecrivez-vous en ce moment ? 

"Pour l’instant, je n’ai vraiment pas le temps ! Et puis c’est compliqué de se mettre dans un nouveau projet d’écriture tant qu’on n’a pas terminé de parler du précédent livre, d’autant que ce livre renvoie à des choses qui sont encore lourdes à porter pour moi. 

Mais ça viendra. Je suis sûre que j’écrirai un autre livre." 

 

 

 

 













 

 



26/05/2021
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